Le cancer de la prostate est la deuxième cause de décès chez l‘homme.
Dans le cadre de la lutte contre cette maladie, une sixième Journée de la prostate a eu lieu le 15 Septembre dernier.
Pourtant, comme chaque année depuis sa création en 2005, cet évènement, organisé par l’Association Française d’Urologie(AFU), et, plus particulièrement, le lancement de sa nouvelle campagne publicitaire font débat.
Le Docteur Laurent Tomatis, urologue pour les cliniques Axium et Toutes Aures, a gentiment accepté de nous éclairer sur le sujet en répondant à quelques questions.
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots quels sont les dangers du cancer de la prostate ?
Le cancer de la prostate est une maladie localisée à la glande prostatique qui se propage ensuite à l'organisme. Véritable problème de santé publique en Occident, c'est le premier cancer en Europe et aux USA chez l'homme après 50 ans. C'est la deuxième cause de décès chez l'homme par cancer, la première étant le cancer du poumon.
En quoi consiste la Journée de la Prostate ?
C'est une journée organisée par l'AFU et les urologues. Son objectif est de permettre aux patients de prendre conscience de leur prostate, mais également de les amener à venir discuter avec nous de tout le reste, qu’il s’agisse de confort mictionnel, des organes génitaux, de vie sexuelle, du dépistage…
Les cliniques Axium et Toutes Aures participent-elles activement à cette journée ?
Nous n’y participons pas directement. Cependant, par le biais d’affiches dans notre cabinet, nous tâchons d’informer les patients et de répondre à leurs questions. Nous organiserons probablement, lors de la prochaine Journée de la Prostate, une journée porte ouverte à la clinique pour pouvoir informer les gens intéressés. En revanche, d’autres chirurgiens urologues du GROUPE KAPA SANTE mènent des actions dans leurs établissements ou cabinets, et je les invite à les évoquer en réponse à cet article dans les commentaires !
L'AFU semble en faveur d'un dépistage généralisé du cancer de la prostate, quel est votre avis sur cette question ?
Je ne crois pas à la nécessité d’un dépistage généralisé mais à l’utilité d’un dépistage personnalisé. Le sujet du dépistage est polémique. Nous autres urologues, nous avons une attitude consensuelle, mais nous ne prétendons pas détenir la Vérité Vraie.
Une idée simple par exemple : dépisté précocement en situation localisée à la prostate, le cancer de la prostate peut bénéficier d'un traitement curateur et le patient peut être guéri. Deux problématiques peuvent en découler. D’abord, on découvre de plus en plus de petits cancers très peu agressifs dont on peut se demander s'ils vont aboutir à un réel problème pour le patient : c'est la question du sur-diagnostic. Puis, on se demande s’il faut traiter tous ces cancers très peu agressifs : c'est la question du sur-traitement …
En fait, il n'y a pas de problématique concernant le sur-diagnostic mais plutôt une problématique de sur-traitement : peut-on surveiller de près certains de ces patients pour leur éviter un acte thérapeutique qui a fâcheuse tendance à provoquer des dysfonctions érectiles, et cela malgré les mains les plus expertes ? A qui pouvons-nous proposer une surveillance ? Quels sont les risques ? Quel poids peuvent avoir des examens très réguliers sur la qualité de vie ?
Que pouvez-vous nous dire des deux études menées sur le sujet, relayées par la Haute Autorité de Santé ?
Il s’agit de deux études majeures : une Américaine dite PLCO (« Mortality Results from a Randomized Prostate-Cancer Screening Trial », ) et une Européenne dite ERSPC (« European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer »). Le principe est simple : il y a deux groupes de patients, l'un dépisté par le PSA et l'examen, l'autre non. La question est la suivante : y a-t-il une différence de survie ? L'étude Européenne, qui est la plus aboutie, montre qu’il y a une amélioration de la survie spécifique pour le groupe dépisté (20 % d'amélioration de la survie).
Au vu de votre expérience, quelle est l'attitude des hommes face au dépistage du cancer de la prostate ?
"Ecoute, information et discussion" : je suis les recommandations de l'AFU en proposant après information un dépistage à partir de 50 ans (45 ans si il y a des facteurs de risque). La majorité des patients est favorable au dépistage.
Pensez-vous qu'un dépistage systématique serait bien accueilli ?
Non. Il est essentiel que ce choix soit éclairé. Vive la liberté de choix du patient bien informé !


[...] This post was mentioned on Twitter by Herve Kabla and Léone, déborah drai. déborah drai said: Dépistage du cancer de la prostate : la liberté de choix est essentielle http://bit.ly/bWzmQJ via @AddToAny [...]
très intéressant et très clair.
surtout: le problème n’étant pas le surdiagnostic ( dépistage excessif pour certains) mais le surtraitement. Je me suis trouvé concerné par le problème: proche non dépisté et découvert à 60 ans avec un premier PSA à 80 et des métastases osseuses. le pronostic aurait été sûrement meilleur s’il avait été dépisté avant. Il ne faut pas que des questions en rapport avec “l’économie de la santé” et les études épidémiologiques faussées conduisent à des véritables pertes de chances pour les malades dans un pays aussi bien médicalisé que la France. le dépistage du cholestérol et autres prises de sang coutent beaucoup plus cher et “rapportent” très peu en survie. Arrêtons l’hypocrisie: dépistez d’abord et discutez le traitement avec un bon urologue par la suite.
@Kassamany : Merci pour votre réponse, qui montre bien à quel point le dépistage peut se révéler utile.
A ce sujet, de nombreux témoignages abondent, dont celui-ci que je trouve particulièrement frappant :
En 1999, un homme de 60 ans demande un dépistage du cancer de la prostate par analyse sanguine, car il a des antécédents familiaux. Son docteur refuse car, à l’époque, l’ANAES et l’AFU ne recommandaient pas encore le dépistage systématique . En 2002, le même médecin lui prescrit un PSA qui révèle un cancer évolutif et agressif. Quatre ans plus tard, le patient décède.
Les juges ont conclu, le 11 Octobre dernier, que ce médecin était responsable aux deux tiers de la perte de chance de guérison de ce malade. En effet, même si le dépistage systématique n’était pas recommandé, le médecin, considérant que le patient était un sujet à risques aurait du faire le nécessaire et aurait pu découvrir le cancer à un stade curable.
Une histoire qui fait réfléchir.