Cas d’intoxication à la carambole en Guyane

Ecrit le Mardi 21 décembre 2010 par Déborah Drai

 

Témoignage du Docteur Mohamed MEDDEB
Néphrologue à la Clinique Véronique-Centre de Santé Guyanais.

CI-dessous: Dr Mohamed Meddeb. Crédit photo: Frédéric Nowak-Service Communication Kapa Santé

Un homme de 64 ans consulte le néphrologue de la Clinique Véronique-Centre de Santé Guyanais pour troubles digestifs associant nausées, inappétence, douleurs abdominales, sensation de faiblesse musculaire, insomnie, et des paresthésies des extrémités.

Au vu d’une créatininémie supérieure à 1000 µmol/l (Norme : 100 à 115 µmol/l) le néphrologue conseille une dialyse en urgence que le patient refuse. Après un interrogatoire long et précis, le patient lui-même du milieu médical, rapporte que ses symptômes remontent à 8 jours après ingestion d’au moins 250 à 300 ml de jus de carambole pur (photo du fruit ci-dessous). 

60 minutes après l’ingestion il a senti un malaise avec frissons, hyperthermie, légère confusion mentale, faiblesse musculaire, paresthésies, douleurs abdominales et nausées.
Il fut contraint de s’aliter et d’abandonner durant 8 jours son jardinage et les activités agricoles.

Le néphrologue lui confirme une intoxication aigüe par la carambole, d’autant plus que le patient avait une insuffisance rénale chronique (IRC) antérieure modérée (créatinine = 168 µmol/l), prenait de façon discontinue un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) (feldène) et un anti-hypertenseur (anti-hta) (béta-bloqueur de type sectral) pour le stress et une probable hypertension artérielle modérée sous-jaçante.

Un traitement par cortancyl 20 mg/j pendant 10 jours, de l’eau de vichy célestins (1litre/j), du lasilix 500 mg (1/4 c/j) a permis une amélioration nette clinique et un retour de la fonction rénale aux chiffres antérieurs au mois de suivi.

COMMENTAIRES :

L’intoxication à la carambole dans notre cas est survenue dans un contexte de déshydratation, de prise d’AINS, de traitement anti-hta, d’IRC antérieure et à l’ingestion de jus pur nectar.

Retenons les signes pathognomoniques de l’intoxication selon :

  1. un hoquet permanent résistant à tout traitement,
  2. une insuffisance rénale aigüe aggravant souvent une IRC pré-existante,
  3. troubles neurologiques allant jusqu’au coma et un mal convulsif résistant à tout traitement.
  4. le décès peut survenir dans un tableau de choc dû à une instabilité hémodynamique et une hypotension de correction impossible.

CONDUITE A TENIR :

  • interdiction de la carambole chez tout IRC,
  • interdiction absolue de la carambole chez les dialysés chroniques,
  • dialyse en urgence quotidienne de l’insuffisance rénale aigüe due à la carambole,
  • dans nos régions des Antilles-Guyane la prise en charge d’un patient (e) par le service des urgences dans un tableau associant la triade ci-dessus ou des troubles tels que douleurs abdominales, troubles neuro-musculaires, agitation, mutisme, aphasie etc, doit faire évoquer par l’interrogatoire du patient conscient et de son entourage la consommation de carambole.
  • La cause de cette intoxication serait l’acide oxalique (9,58 mg/g) et le polyphénole. Ce dernier est normalement considéré comme un anti-oxydant bénéfique, mais dangereux s’il est mêlé à d’autres médicaments qui empruntent la même voie métabolique.
  • Un des médicaments incriminés serait le paracétamol consommé exagérément dans nos contrées.
  • Donc l’association carambole-paracétamol peut s’avérer toxique.

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Chiffres clés
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