Déclenché il y a quelques semaines, le scandale du Mediator a connu ses derniers jours une accélération. Le 20 décembre, Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, a dénoncé dans « Le Figaro » des "défaillances graves" dans le fonctionnement du médicament. Deux jours plus tard, en Conseil des Ministres, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, demandait que « toute la transparence » soit faite dans cette affaire, s’annonçant comme le scandale sanitaire de la décennie.
Marie-Françoise a 72 ans. En 1995, elle consulte pour la première fois un cardiologue. « Je faisais un peu de tachychardie » se souvient celle qui a vaincu un cancer au début des années quatre-vingt dix. Il lui diagnostique un diabète. Entre 2000 et 2007, Marie-Françoise prendra du Mediator trois fois par jour. En décembre 2008, elle est hospitalisée pour un hémothorax. Deux mois après avoir été opérée à cœur ouvert, elle est de nouveau hospitalisée. Aujourd’hui handicapée à 80%, Marie-France confie qu’elle vit « au ralenti ». Elle a porté plainte contre X. Des témoignages comme celui-ci, Irène Frachon en reçoit tous les jours. Valvulopathie, hypertension artérielle pulmonaire, la liste des effets secondaires de Mediator est longue. Auteur du livre « Mediator, 150 mg: Sous-titre censuré », la pneumologue au CHU de Brest est aujourd’hui au cœur d’un tourbillon médiatique.
Mise en place d’un numéro vert
Après avoir longtemps dénoncé, en vain, les effets secondaires du médicament, Irène Frachon voit son travail enfin reconnu. « C’est pour moi un soulagement », nous confie le médecin, « Pendant plusieurs années, c’était comme si j’assistais à des crashs aériens sans que personne ne fasse rien. Aujourd’hui, j’ai la sensation que le monde se remet à l’endroit ». Depuis quelques jours, l’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de Santé (Afssaps) a mis en place un numéro vert : le 0 800 880 700. Alors que les pouvoirs publics prennent la mesure du problème, le laboratoire Servier qui commercialise le Mediator depuis sa création en 1976, joue la prudence. Dans une interview dans "Le Monde", son président Jacques Servier expliquait le 20 novembre sa stupéfaction : " En trente-quatre ans, ce produit n’a pas suscité la moindre plainte. Il y a un mystère". Jeudi 23 décembre, le quotidien « Libération » publiait un fax du laboratoire pharmaceutique. En date du 22 mars 1996, le document adressé à la compagnie commercialisant l’Isoméride aux Etats-Unis, est signé Madeleine Derôme-Tremblay. Elle demande de « Préparer [...] plusieurs plans d’action qui pourraient neutraliser [les opposants a ̀l’Isoméride] sans apparaitre comme agressifs envers eux ».
Victimes : La bataille des chiffres
" Ca ne m’étonne pas », lâche Irène Frachon qui regrette que le Président de la République n’ait pas eu un mot pour les victimes . Des victimes dont le chiffre reste encore indéterminé. On estime à 300 000 le nombre de patients sous Mediator en novembre 2009, date à laquelle, il est retiré du marché. Selon l’Afssaps, le nombre de patients tués atteindraient les 500. Certaines sources évoquent les 2 000 morts. Pour Irène Frachon, « Impossible en l’état actuel de déterminer de façon exact le nombre de victimes ». La mission d’information chargée du dossier ne commencera ses travaux qu’en janvier 2011. En attendant, la reconnaissance des victimes est avérée. « C’est essentiel pour tous ceux qui depuis des années ne comprenaient pas pourquoi leur état de santé se dégradait. Avant la phase d’indemnisation, on reconnait leur préjudice c’est énorme » analyse Irène Frachon qui dénonce un scandale aussi important que l’Affaire dite du sang contaminé.
En France, 3 millions de personnes seraient concernées
« Je ne suis pas adepte des comparaisons à l’emporte-pièce mais le scandale du Mediator dure depuis 12 ans, alors que celui de l’Affaire du sang contaminé concerne la période 1984-1985 » précise la pneumologue. Interdit aux Etats-Unis depuis 1997 et en Espagne depuis 2003 suite à une fausse alerte, le Mediator concernerait en France 3 à 5 millions de personnes. A l’aube de 2011, ce scandale jette une lumière crue sur les mauvaises pratiques de certains laboratoires pharmaceutiques et risque de jeter le discrédit sur tous les acteurs du monde de la santé qui se battent chaque jour pour aider malades et patients sur le chemin de la guérison. Marie-Françoise a décidé de se battre jusqu’au bout.« Je n’accepterai pas d’entendre des gens m’expliquer qu’ils sont responsables mais pas coupables » s’emporte la septuagénaire qui conclue, « Quand on est responsable, on fait tout pour ne pas se rendre coupable de ce genre de drame ».
Et vous qu’en pensez-vous ? Avez–vous déjà pris du « Médiator » ? Connaissez-vous une personne qui en a pris ? Comptez-vous contacter le numéro vert mis en place par l’Afssaps ? Pensez-vous que les autorités politiques et sanitaires aient pris le problème à bras-le-corps et à temps ? Ce nouveau scandale sanitaire risque-t-il, selon vous, de casser la confiance dans la relation Patients-Médecins ? Pensez-vous que la commission d’enquête réussira à faire toute la lumière sur cette affaire ? Pensez-vous que les victimes doivent être indemnisées ? Exprimez-vous. Nous vous attendons.



Le scandale du Médiator fait apparaître des dysfonctionnements flagrants dans les processus de contrôle. Mais au-delà des polémiques que l’on peut engendrer sur un tel sujet, je voudrais simplement savoir s’il est toujours possible de se procurer ce médicament en pharmacie ?
« Merci pour votre commentaire. Pour vous répondre, sachez que le Mediator a été retiré de la vente en France en novembre 2009. Depuis cette date, il est donc impossible de se le procurer en pharmacie. Néanmoins, comme vous le soulignez, les défauts de surveillance sont nombreux. Plusieurs questions restent pour le moment sans réponse. En effet, comment expliquer que le médicament ait été retiré du marché américain en 1997, en Suisse un an plus tard sans qu’on s’en émeuve en France ? Comment expliquer qu’en 1998, le rapport des médecins de l’assurance-maladie de la région Bourgogne destiné à l’Agence du Médicament et mettant en cause la fiabilité du Mediator soit resté lettre morte ? Les révélations quotidiennes autour de cette affaire et surtout le rapport commandé par le Ministère de la Santé qui doit être rendu mi-janvier apporteront sans doute quelques réponses. Affaire à suivre donc. Bonnes Fêtes et Bonne année 2011 »